Les éditions derrière la salle de bains


Les dormeurs, coffret de quatre livres de photographies 



© les éditions derrière la salle de bains

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En commande dès à présent sur le site des éditions.
Livraison à partir du mercredi 16 décembre.


Les éditions derrière la salle de bains

Livres à retrouver sur le nouveau site des éditions derrière la salle de bains.



Exposition Cannibalisme <> Animalisme

Je te mange
Création sonore réalisée pour l'exposition, à écouter sur Soundcloud
Réalisation : Cécile Hug
Mixage : Pascal Bricard
Enregistrement sons du corps : Hervé Garcia
Enregistrement voix et grillons : Cécile Hug

Omnia vanitas, Valérie Vaubourg
Le corps orchestre, dessins et sculpture Cécile Hug
© cécile hug

© cécile hug



24 sept.-27 sept. 2015
Au 10 boulevard Malesherbes
Commissaires d'exposition : Julien Verhaeghe et Marion Zilio, sur une invitation de la Galerie Anne Perré 
avec Ghyslain Bertholon, Aj Dirtystein, Cécile Hug, Inès Kubler, Frédérique Loutz, Erik Nussbicker, Lionel Sabatté, Barthélémy Toguo, Valérie Vaubourg, Elodie Wysocki.

Hic est sanguis meus au château de Morano, Italie

La sève

© cécile hug

© Aline Namessi

© cécile hug

© cécile hug

Séance avec Camille Moravia


© camille moravia
© camille moravia






Cécile Hug par Camille Moravia


S’approchant de Cécile Hug, Camille Moravia garde une certaine distance. Son audace est autre : suggérer par les pauses de son modèle tout ce que celle-ci « dit » en son œuvre plastique. Là où Cécile Hug segmente et métaphorise, Camille Moravia reste au plus près du réel et de sa crudité. Le modèle ne  baisse pas les yeux. Le face-à-face joue d’une certaine neutralité pour éviter tout débordement de l’affect. Cécile Hug place son bassin, suit les indications de la photographe, longe un mur, épouse presque un angle : de mort il devient vivant.


Chaque prise reste de l’ordre de la caresse, de l’aporie, de la pudeur. Bien malin qui pourrait oser des hypothèses sur les liens qui rapprochent les deux artistes - sinon une admiration mutuelle mais qui renonce à toute effusion. Cécile Hug semble parfois presque empruntée (mais l’artiste n’est pas de celle qui s’affiche) : Camille Moravia en « profite » pour capter une force tranquille et une fragilité émotive. L’image dit ainsi ce que les mots ne peuvent montrer. La photographe regarde son modèle, le modèle fixe son opératrice -  entendons par ce mot celle qui crée l’ouverture. Pour autant aucun bijou ne sera ravi.

Jean-Paul Gavard-Perret

L'immaculée conception

© cécile hug

Le corps orchestre, détails

© cécile hug

© cécile hug

Intimenta


© cécile hug

© cécile hug

© cécile hug

© cécile hug

© cécile hug

"Le baiser du coléoptère"
Avec Paul-Armand Gette © David Ritzinger



Amande douce, avec Zoé Balthus, aux éditions derrière la salle de bains

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Livre en commande sur le site des éditions derrière la salle de bains

Article de Jean-Paul Gavard-Perret


Cécile Hug : Le jardin des délices

« Cécile Hug » (éponyme), éditions Derrière la salle de bains, Rouen, 2014.

« Le corps orchestre »,  Manresa, Catalogne

Cécile Hug, entre jambe 6

Cécile Hug, L’entre jambe ©

Sur la rive d'un triangle intime Cécile Hug orchestre des jeux de patience. L'insecte devient une poussière d'aube, ruisselle sur l'entre-jambe. Il est en quelque sorte l'armoirie de l'amour. Il crée des courants ascendants : se découd une certaine étoile, se gomme l'éros trop voyant. Tout maraude dans une géométrie précise et précieuse. Le triangle devient oriflamme, l'insecte le remue tandis que la main rêve de caresser ses ailes au moment où il sème un grain pour récolter des lignes de vie.

Chaque dessin de Cécile Hug reste un processionnal. Il conduit en bordure d'un fantastique ravin. L'insecte crée la fable de la présence en fragments de l'essentiel. Le sexe féminin se fait syllabe et le coléoptère virgule blottie dans les mailles du désir. Il représente (comme la fourmi et même le spermatozoïde - ou ce qui lui ressemble) le symbole d'une jouissance buissonnière.

Cécile Hug bâti pour lui un abri sous les tempêtes, un terrier près de l'orifice des délices. Néanmoins chaque dessin devient un barrage pour les intrus, pour les voyeurs. Et Cécile Hug tisse des filets serrés, refuges de nos propres ailes, de nos attentes, douleurs, plaisirs.

L'artiste devient la subtile architecte de paysages intérieurs, la relieuse de désirs informulés en effaçant la pliure des ombres. Elle dessine des interdits, les racines profondes de la vie dans une diaphanéité confondante. 

Elle devient fomenteuse de chimères : ses lucioles font crisser la raison. Une  avancée sourde s'ébauche dans l'ornière aux tabous. Chasseur et proie, insectivore et victime des bestioles, au seuil de l'estuaire, le voyeur ou le voyeuse a le temps d'apprécier de petits morsures visuelles et de palper des songes. Délicieux.

Jean-Paul Gavard-Perret



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Livre en commande sur le site des éditions derrière la salle de bains

Article de Clare Mary Puyfoulhoux dans BOUM BANG

Cécile Hug

L'immensité du seuil.

À une époque où nos représentations du sexuel – bien que sensément libéré – sont encore si près du trash (1), où le deuxième sexe se rebelle à poil sur l’autel d’un pouvoir phallocratique, la douce intimité de la chambre Cécile Hug palpite comme une veilleuse apaisante pour qui ce soir a peur du noir. Couleurs pastel, nature omniprésente, dedans-dehors exhibé sans jamais agresser. Je rentre dans l’œuvre de Cécile Hug comme dans un cocon. Il y fait chaud mais pas trop, ça m’apaise. Je n’ai plus peur de ma féminité et je voudrais me faire homme juste pour en parler mais la distinction se dérobe sous mes pieds. Loin d’être opposée elle est offerte, ouverte. Terre d’asile en commun: notre origine est douce, même lorsqu’elle est brisée. Parce qu’il ne faut pas s’y tromper: la naïveté apparente des découpes en dentelle, son champ pictural de libellules, coquillages et autres brindilles ne se démonte pas. Elle parle de tout, même du mal – « Hic est sanguis meus » (2) et « Versiones de una Cicatriz » (3) nous disent les deux dernières expositions auxquelles elle a participé.
Cécile Hug, entre jambe 5
Cécile Hug, L’entre jambe ©
Cécile Hug, entre jambe 6
Cécile Hug, L’entre jambe ©
Cécile Hug, entre jambe 7
Cécile Hug, L’entre jambe ©
Cécile Hug, entre jambe 8
Cécile Hug, L’entre jambe ©
Cécile Hug, entrejambe, laine
Cécile Hug, L’entre jambe ©
Douce, donc, la femme artiste. Mais engagée aussi, sans concession. Mère, elle a choisi de ne pas céder à l’appel rassurant d’une société qui conseille l’option « métier alimentaire » à qui doit assumer l’éducation d’un enfant. Ce détail biographique pourrait sembler sans importance s’il n’était lié précisément au cœur de la production de Cécile Hug: la résistance, l’espace, la liberté. Sortir de l’endroit où la peur et la culpabilité dominent, puis maintenir le cap. Il ne faut pas s’y tromper, à l’image de ces danseurs dont la légèreté et la fluidité fascinent: plus l’objet lévite en douceur, plus la lutte pour sa production est totale. Il faut donc en ce sens rejoindre la pensée d’un Gilles Deleuze sur la création et comprendre que l’œuvre est ici l’affirmation d’une force conjointe à sa délicate apparence. « L’œuvre d’art n’a rien à faire avec la communication. L’œuvre d’art ne contient strictement pas la moindre information. En revanche, il y a une affinité fondamentale entre l’œuvre d’art et l’acte de résistance. Alors là, oui. Elle a quelque chose à faire avec l’information et la communication, oui, à titre d’acte de résistance (…) Or quel est cet acte de parole qui s’élève dans l’air pendant que son objet passe sous la terre? Résistance. Acte de résistance. » (4) Je regarde les entre-jambes et je découvre les oreilles délicates du corps orchestre. Je me sens bien. L’artiste me donne à voir du réconfort tandis que « son objet passe sous la terre ». C’est-à-dire: doucement, sans heurts, je me mets à sortir des dichotomies, à renouer avec un sensible d’avant la parole, à voir mon corps et mes sens libérés des étiquettes qui les encombraient. Je suis.
Cécile Hug, corps orchestre
Cécile Hug, Le Corps orchestre ©
Cécile Hug, le corps orchestre, la marbrerie, 2014
Cécile Hug, Le corps orchestreLa marbrerie, 2014
Cécile Hug, le corps orchestre, la marbrerie, 2014
Cécile Hug, Le corps orchestreLa marbrerie, 2014
Cécile Hug
© Cécile Hug, Le corps orchestre ©
Cécile Hug
© Cécile Hug, Le corps orchestre ©
Cécile Hug
© Cécile Hug, Le corps orchestre ©
Cécile Hug
© Cécile Hug, Le corps orchestre ©
Organes-seuil, les parties du corps représentées par Cécile Hug ont pour point commun leur rapport au monde: labyrinthiques et discrètes portes d’entrée sur les entrailles et viscères qui sentent. Il n’est d’ailleurs pas surprenant que l’image la plus souvent utilisée pour faire référence, et au sexe féminin, et à l’oreille humaine, soit le coquillage: entre végétal et animal, mystérieux aux textures nombreuses, empli de cavités. Capteurs de matière première, attrapant ce que procurent le son et le toucher avant d’être transformés par ma mécanique interne en sensations, voire en émotions, mes organes pourraient, pris séparément comme ils le sont ici, être des entités autonomes. Au lieu d’être simples réceptacles de ce que le monde peut, dans son immense mansuétude, me donner à voir, sentir ou entendre pour le comprendre (et on voit dans quel sens le passage des entre-jambes aux oreilles du corps orchestre est naturel), Cécile Hug nous incite à appréhender nos organes sensoriels comme des lieux cruciaux, fondamentaux. De la figure transitoire à l’orée des mots, de la pensée ou de l’image; des limbes où nos sensations se forment, émerge ainsi l’idée d’un espace. En effet, qui n’a pas déjà eue cette sensation de déjà-vu qui ne s’explique que par le fait que quelque chose dans mon corps a surchauffé, incapable d’assimiler ce qui a été perçu par mes sens? C’est qu’il y a une distance réelle, rendue généralement imperceptible par l’efficacité des transmetteurs qui composent ma technologie humaine, entre ce que je perçois du monde et la façon dont je le perçois. Interstice infime parce qu’invisible: voici en réalité ce qu’explore Cécile Hug. Ce non-lieu sans lequel rien ne se passe. Immensité méconnue d’un labeur dont le résultat seul m’importe. Et émerge enfin l’actualité, l’importance de ce travail.
Cécile Hug
Cécile Hug, L’entre jambe ©
Cécile Hug
Cécile Hug, L’entre jambe ©
Cécile Hug, le corps orchestre, la marbrerie, 2014
Cécile Hug, Le corps orchestreLa marbrerie, 2014 ©
Bien que toujours sériel, le travail change de l’entre-jambe au corps orchestre. D’une part, on quitte le terrain du lyrisme onirique des scènes paysagères qui composaient la première série: les oreilles du corps orchestre sont des moulages de textures et de couleurs différentes d’une seule et même oreille réelle. En outre, les éléments du corps orchestre s’inscrivent dans un décor, certes changeant puisqu’on peut passer du nid douillet une place à la gigantesque table de marbre couverte de charmantes petites esgourdes, mais très présent tandis que les entre-jambes existent souvent seuls, à même la feuille. La répétition cependant reste – et il serait sûrement possible de trouver son origine dans le geste photographique, pratique « première » de Cécile Hug. Il serait d’ailleurs pertinent de questionner la photographie depuis ce travail qui lui succède – il faudrait par exemple se demander de quel réel on parle. Voir s’il serait plus pertinent d’appréhender la notion de répétition à l’aune de la reproductibilité technique chère à notre époque ou revenir à l’origine de tout geste répétitif chez l’homme: l’obsession(5). Et qu’est-ce que l’obsession, si ce n’est une pensée, une sensation qui me hante, m’irrite mais dont je ne peux me défaire au point qu’elle peut aller jusqu’à envahir ma vie? Et pour s’en défaire, il faut la vaincre, c’est-à-dire la transcender. Multiple et protéiforme, il n’est en ce sens pas étonnant que le travail de Cécile Hug ait intégré le monde délicat des Éditions Derrière la Salle de Bains – et la question de l’endroit du propos artistique de se déplacer ainsi quelque peu pour atteindre celle, tout aussi pertinente, de la réappropriation.
Cécile Hug, Légère avancée, 3
Cécile Hug, Légère avancée ©
Cécile Hug, légère avancée
Cécile Hug, Légère avancée ©
Cécile Hug, légère avancée
Cécile Hug, Légère avancée ©
Cécile Hug, mise en relation, narcisse
Cécile Hug, Mise en relation, Narcisse ©

(1) Malgré des perles comme le magazine « Irène »
(2) « Ceci est mon corps » – exposition au Rialto à Rome
(3) « Versions d’une cicatrice » – exposition à la Casa Siglo XIX au Mexique
(4) Gilles Deleuze, « Qu’est-ce que l’acte de création? » – Conférence donnée dans le cadre des mardis de La Fémis – 17/05/1987
(5) »Idée répétitive et menaçante, s’imposant de façon incoercible à la conscience du sujet, bien que celui-ci en reconnaisse le caractère irrationnel. » Larousse